Élus

 Déclaration de la CGT Éduc’action Paris Comité Technique Académique

 

Nous tenons d’abord à présenter nos vœux à l’ensemble des membres du CTA.
Nous faisons également le vœu que cette année 2019 permette à toutes et tous de vivre dans un monde plus juste, plus solidaire et plus fraternel. Force est de constater qu’il y a beaucoup de chemin à faire !

Alors que 1% des Français concentre 22% des richesses, la suppression de l’ISF est d’une grande violence symbolique puisqu’elle acte le fait que les plus riches de notre pays n’ont plus à se sentir solidaires des plus démunis, le pouvoir en place se contentant d’organiser la captation des richesses par une infime minorité sans se préoccuper de la redistribution. Dans ce contexte, les mouvements sociaux en cours qui revendiquent une amélioration du pouvoir d’achat et une plus grande justice sociale sont légitimes.

Pourtant la réponse du président Macron dans sa lettre aux Français est sans équivoque. La remise en cause du dogme libéral n’est pas à l’ordre du jour. Une partie croissante du budget de l’État va donc glisser vers les possédants, la finance et les grands groupes.

Les conséquences sur les débats que nous allons avoir à mener aujourd’hui sont immédiates. Les services publics sont étranglés et le premier d’entre eux, l’Éducation nationale, ne cesse de voir, année après année, ses moyens restreints.

Les réformes en cours modifient en profondeur notre École. Souvent présentées avec une caution de modernité et de pédagogie, elles obéissent à des considérations d’abord idéologiques et budgétaires. Elles introduisent une concurrence généralisée entre enseignants, disciplines, établissements sans oublier les élèves et leurs familles. Elles abandonnent l’objectif prioritaire de réduction des inégalités et conduisent à une dégradation des conditions d’enseignement, à une perte de sens de nos métiers et à un appauvrissement de l’offre éducative. Elles rendent possible un grand nombre de suppressions de postes.

Les deux grandes réformes en cours sont à ce titre éclairantes, elles sont largement rejetées par les personnels, la majorité des organisations syndicales et des organisations lycéennes ainsi que le CSE. Les seules réponses institutionnelles aux mobilisations ont été les menaces et les répressions policières, que ce soit contre les lycéens ou les enseignants. La CGT Éduc’action appelle à poursuivre et amplifier la mobilisation par une journée de grève et de manifestions le jeudi 24 janvier dans un cadre intersyndical.

Concernant la réforme de la voie générale et technologique, elle va conduire à un appauvrissement de l’offre éducative malgré la promesse ministérielle de « plus de liberté et de choix ». La carte des spécialités prouve que leur nombre dépend largement de la taille du lycée, de son emplacement et de son prestige. La concurrence entre les établissements, déjà très importante sur l’académie de Paris, va se renforcer. Cette concurrence sera, comme pour la réforme du collège, étendue aux disciplines et aux personnels puisque les marges horaires ne sont pas seulement destinées aux dédoublements mais doivent aussi servir à l’AP, aux projets, aux options et à l’accompagnement pour l’orientation.
Nous redoutons également une dégradation des conditions d’enseignement avec le mixage des élèves et la mutualisation de certaines spécialités qui feront augmenter les effectifs. Le contour flou de certaines spécialités « multidisciplinaires » n’est également pas fait pour nous rassurer dans un contexte d’une diminution globale des DHG qui menace un grand nombre de postes et risque de transformer ces spécialités en variable d’ajustement RH. Nous déplorons également une fragilisation des disciplines technologiques et nous dénonçons un prévisible renforcement du tri social, organisé par une orientation de plus en plus précoce et irréversible puisque les choix de l’élève dès la fin de 3ème risquent de déterminer ses possibilités d’études supérieures dans le cadre de Parcoursup et de la loi ORE.
Pour toutes ces raisons, la CGT Éduc’action en demande l’abrogation.

Concernant la réforme de la voie professionnelle, l’« innovation pédagogique » mise en avant repose sur l’adaptation des matières générales aux seuls mondes professionnels et aux métiers. Dans les nouvelles grilles horaires, on constate une quasi disparition des matières générales, alors que celles-ci occupent actuellement la moitié de l’emploi du temps des élèves : à titre d’exemple, en enseignement purement disciplinaire, les élèves de CAP ont 4 heures par semaine d’histoire-géographie et de français dans les grilles actuelles, ils n’en auront plus que 1,7 heure par semaine. En Bac pro, les élèves ont 5 heures dans ces disciplines, ils n’en conserveront que 2,5.
Nous dénonçons la co-intervention imposée chaque semaine, sans temps de concertation alloué, alors qu’elle se pratique dans tous les lycées professionnels, mais à des rythmes et selon des modalités que les professeurs définissent ensemble.
Les autres aspects de cette réforme (mixité des publics et des parcours, développement de l’apprentissage…) sont tout autant rejetés par une majorité d’enseignants.
Pour toutes ces raisons, la CGT Éduc’action en demande l’abrogation.

Concernant les moyens pour la rentrée 2019 que nous allons étudier aujourd’hui, nous constatons une nouvelle baisse qui sera lourde de conséquence en termes de suppressions de postes. L’annonce du ministère, au dernier CTM, d’une baisse de 365 ETP apparaît pour ce qu’elle est, un tour « de passe-passe » puisqu’il supprime en fait 2450 postes nationalement (dont 113 pour la seule académie de Paris) et réinjecte « en même temps » de façon fictive 2085 ETP en tablant sur le retour de la 2ème heure supplémentaire obligatoire.

La colère qui s’exprime depuis plusieurs semaines démontre l’urgence sociale notamment en matière de pouvoir d’achat. Pour les agents de la Fonction publique, la revalorisation salariale promise par le PPCR est un pur trompe-l’œil renforcé par le gel du point d’indice et le rétablissement du jour de carence. En définitive, le véritable objectif du PPCR n’est pas de faire un cadeau aux fonctionnaires mais, une fois de plus, de réduire les coûts de fonctionnement de l’État. De plus, le PPCR transforme la Fonction publique de carrière en une Fonction publique d’emploi, liant la rémunération à l’emploi occupé par le fonctionnaire, renforçant au passage les hiérarchies intermédiaires : chef d’établissement, inspecteur, chef de service. C’est pourquoi la CGT s’est prononcée contre le PPCR et milite pour dissocier la rémunération de l’évaluation.

La CGT Éduc’action reste attachée aux valeurs du paritarisme. Le rapport CAP22 préconise de vider de leurs substances les instances paritaires des fonctionnaires et leurs compétences, à l’exception des questions disciplinaires. L’objectif serait de moderniser et d’alléger la gestion des personnels, et aussi d’instaurer une gestion managériale des carrières sous prétexte de privilégier le mérite.
Ce serait une transformation profonde du dialogue social, que la CGT ne peut accepter. Cela reviendrait à supprimer des droits collectifs, mais aussi à remettre en cause la place du syndicalisme. Cependant, à vouloir écarter les organisations syndicales, le président de la République peut constater depuis plusieurs semaines les conséquences que cela entraine.

Enfin, nous tenons à terminer cette déclaration par une note positive, la CGT se réjouit d’avoir conservé sa première place dans la Fonction publique et de faire son entrée au CTA de Paris où nous siégerons dans l’intérêt des personnels et d’un service public digne de ce nom.