RENTRÉE 2017 À L’ESPE DE PARIS : REVENDIQUER DES CONDITIONS DIGNES POUR LA FORMATION INITIALE

 

Que vous soyez enseignant.e.s du premier degré, du second degré, ou encore
CPE ou documentalistes, vous avez tou.te.s en commun aujourd’hui d’avoir
réussi un concours de recrutement difficile. Alors avant toute chose, toutes nos félicitations pour
cette première étape ! Une étape d’autant plus ardue que le ministère entretient chaque année la
crise de recrutement en ne pourvoyant pas tous les postes ouverts aux concours...
Parmi vous, certain.e.s suivent le parcours MEEF et doivent encore valider le Master 2 ; certain.e.s
sortent de l’université avec un autre M2 en poche ; d’autres encore étaient déjà en poste, mais
comme contractuel.le.s ou dans un autre corps ; les dernier.e.s enfin ont déjà un M2 depuis
longtemps et viennent d’autres horizons professionnels.
Mais par delà la diversité des situations personnelles, le concours n’est que la toute première
épreuve d’un nouveau « parcours du combattant ». L’année de stage est une année toujours
aussi difficile, avec bien trop souvent la tête dans le guidon.
En effet, depuis la réforme de la « mastérisation » et la création des ESPE en 2013, les stagiaires
sont soumi.se.s à un statut bâtard, mi-étudiant.e mi-fonctionnaire, dépendant de plusieurs tutelles :
> tutorat « de terrain » et hiérarchie administrative dans leur établissement ;
> tutorat de groupe et évaluation universitaire à l’ESPE ;
> enfin, l’inspection académique et son couperet en bout de course.
Inévitablement, on assiste à une multiplication des pressions de toutes parts, chaque hiérarchie
tirant la couverture à soi.
Alors quand il arrive que le tuteur soit dans une posture de petit chef, quand la direction pressurise
voire harcèle les personnels, quand l’ESPE fait peser sur les stagiaires sa désorganisation et sa
charge de travail disproportionnée, ou quand l’inspection confond la formation initiale avec une
période d’essai, il y a de quoi se sentir écartelé.e entre toutes ces injonctions contradictoires !
Or pour les stagiaires, l’essentiel est évidemment de préparer les cours et de gérer leurs classes
au quotidien (ce qui n’est déjà pas simple quand on débute), en naviguant bien souvent au jour le
jour à certaines périodes (rédaction du mémoire, visites et inspection, etc.). Heureusement, dans la
majorité des écoles et établissements, vous serez soutenu.e.s par vos collègues : la solidarité n’est
pas encore un vain mot.
— Stagiaires sous pression, qualité de la formation sacrifiée —
Malgré la réforme de la formation initiale en 2013, les exigences liées à la titularisation semblent
toujours irréalistes et déconnectées de la pratique quotidienne.
Ainsi, en plus de la préparation des cours (un mi-temps devant élèves, quand la CGT Éduc’action
revendique le retour à un tiers-temps), l’ESPE impose un cursus universitaire chronophage :
> cours de tronc commun allant de la maternelle au BTS ;
> partiels sur des connaissances éloignés des préoccupations urgentes des stagiaires ;
> travaux divers dans le cadre du contrôle continu ;
> projet interdisciplinaire et inter-degrés qui ne sera presque jamais mis en œuvre devant
les élèves, mais qui prendra du temps sur la préparation des vrais cours ;
> mémoire didactique variant selon les académies, voire selon les filières d’une même ESPE.À cela s’ajoute l’infantilisation des stagiaires, souvent considéré.e.s simplement comme des
étudiant.e.s, et non des professionnel.le.s en formation. En parallèle, les moyens de pression
managériale se sont multipliés et banalisés depuis les premières années de l’ESPE :
> informations distillées au compte-goutte et de manière désorganisée ; aucune réunion
sur les droits des stagiaires ou les procédures les concernant tou.te.s (mutations…) ;
> contrôles de présence à l’ESPE déclenchant des retraits de salaire, même quand il s’agit
de participer à un conseil de classe ;
> « référentiel de compétences » interprétable à l’envi par les hiérarchies ;
> chantages divers de l’ESPE pour attribuer un « avis favorable » ;
> procédures d’alerte de l’inspection parfois très opaques...
Ces politiques de management n’aboutissent qu’à davantage d’infantilisation, de formatage, de
stress, et à une charge de travail sans fin. Chaque année, la CGT Éduc’action constate davantage
de mises en alerte, de démissions en cours d’année, de refus de titularisation, voire de
licenciements sans deuxième chance. Ces conditions d’entrée dans le métier sont
malheureusement anxiogènes, et on ne peut s’en satisfaire en se disant que cela ne dure qu’un an.
— Avec la CGT Éduc’action, s’organiser, se défendre, revendiquer —
Chaque année, les mêmes griefs reviennent parmi les stagiaires. Mais par la nature même de
cette année qui file à toute vitesse, les revendications surgissent souvent trop tard dans l’année, et
finissent par passer à la trappe l’année suivante. Du moins jusqu’à l’an dernier, puisque des
mouvements de stagiaires ont pris corps dans les ESPE dans de nombreuses académies, y
compris jusqu’à la grève de la formation comme à Aix-Marseille ou à Grenoble.
À Paris également, les fonctionnaires-stagiaires et les étudiant.e.s en M1 MEEF se sont réuni.e.s en
assemblée générale, et plusieurs revendications sont ressorties des discussions :
> un lien renforcé entre les cours théoriques et la pratique quotidienne.
> une réelle prise en compte de la charge de travail du mi-temps devant élèves ;
> une voix au chapitre dans les formations de l’ESPE ;
> des conditions de formation égales pour tou.te.s, au sein de chaque ESPE et nationalement.
Après plusieurs années où rien n’a changé à l’ESPE malgré les critiques, les stagiaires de cette
année sont enfin en capacité d’être entendu.e.s, en s’appuyant sur les bases posées l’an dernier.
Dans ce cadre, la CGT Éduc’action engage chacun.e à s’organiser, notamment en se syndiquant
(ce qui est déjà en soi une forme de solidarité avec ses collègues), mais aussi en s’organisant
directement avec ses collègues stagiaires, dans sa filière et en assemblée générale de l’ESPE.
Rappelons enfin que les fonctionnaires-stagiaires sont avant tout des travailleurs et travailleuses, et
qu’à ce titre vous avez parfaitement le droit de faire grève. Bien entendu, en tant que stagiaires, il
est de fait plus facile de le faire sur les jours de formation à l’ESPE, que ce soit pour faire valoir vos
revendications spécifiques, ou bien pour rejoindre vos collègues ou le monde du travail en lutte.
Mais entre-temps, bienvenue dans le service public d’Éducation,
et bonne année de stage, tant que faire se peut !
CGT Éduc’action Paris, lundi 28 août 2017.