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Du carnet de réussites au carnet de suivi.

24 mai 2017, par Emmanuel

D’abord présenté comme un simple cahier où se compileraient les réussites des élèves, le Carnet de Suivi des Apprentissages semble aujourd’hui largement dépasser ce simple cadre. Il semble devoir être à la fois :
- Outil d’évaluation
- Support d’apprentissage du « métier d’élève » par l’enfant.
- Outil de transmission vers les collègues et de communication avec les parents,
- Compilation souple de réussites
- Outil de différenciation

Cette quintuple exigence rend inévitablement l’outil extrêmement complexe à concevoir.

PARADOXE n°1 : L’évaluation positive

La réflexion sur une évaluation positive existe depuis fort longtemps…
Mais le peu de temps mis à disposition des équipes pédagogiques pour concevoir et concrétiser un modèle d’évaluation positive peut mener à des pis-aller.
Le carnet des réussites s’est souvent transformé en cahier de suivi par domaines d’apprentissage, avec ses listes préétablies de compétences à valider : on n’est plus très loin du livret scolaire de l’élémentaire…
Au fait qu’en n’est-il de l’évaluation positive en élémentaire ?

PARADOXE n°2 : Le support d’apprentissage pour les élèves

L’idée, semble-t-il, est de faire avec l’élève : retracer, sous ses yeux, ses réussites pour opérer chez lui une prise de conscience de ce qu’il est en train d’apprendre.
De ce fait, l’activité et le jeu ne sont plus seulement un processus naturel, fruit du désir et de la maturité de l’enfant, mais également la mise en œuvre de consignes avec des résultats attendus et mesurables...
Mais le risque est alors de se mesurer aux autres, de voir qu’au bout de 3 ans son cahier de suivi est plus léger que celui du voisin…

PARADOXE n°3 : La transmission aux collègues, aux parents

L’outil doit valoriser les progrès de l’enfant...
Mais comment valoriser l’absence de progrès ? Tout en développant le carnet de suivi, il faudra parfois marquer à l’adresse des collègues et des parents les fragilités de l’élève, afin d’alerter le cas échéant pour que des actions de prévention soient mises en place.
Finalement, l’outil « cahier des réussites » est devenu « carnet de suivi » et l’évaluation positive a été bien vite évacuée…

PARADOXE n°4 : La souplesse

Le temps des apprentissages est celui du développement de l’enfant. Les apprentissages et les formes de l’évaluation doivent donc être souples…
Mais le carnet de suivi sera à actualiser régulièrement, voire quasiment au jour le jour.
Faudra-t-il fixer dans nos emplois du temps une case « compilation des cahiers de suivi » ? Les enseignants devront-ils se transformer en enregistreurs des progrès des élèves et perdre un temps précieux d’accompagnement des apprentissages et des projets ? Et comment s’extraire du groupe vu les effectifs des classes ?

PARADOXE n°5 : La différenciation

Outil de différenciation qui doit permettre de prendre en compte le rythme d’apprentissage de chaque élève au sein du groupe classe…
Mais ne serait-ce pas plutôt un outil d’individualisation qui laisse bien peu de place au collectif et à l’une des tâches importantes de l’école maternelle, la socialisation.
A ce titre, il pourrait bien ressembler à un outil de formatage des pratiques pédagogiques.
L’évaluation à l’école maternelle a-t-elle tant besoin d’être formalisée ?

Pour la CGT Educ’Action, les rencontres avec les parents, les affichages, les cahiers de vie et autres supports d’apprentissages choisis librement par les enseignants sont amplement suffisants en maternelle. L’évaluation réalisée au jour le jour par les enseignants pour réguler les apprentissages de chacun n’a pas de besoin d’outil normatif.

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